A Bryan, the Legend
On dit souvent que le deuil suit un processus : le déni, la colère, la rage, un mélange d'émotions intenses, puis enfin l'acceptation et le manque.
Pour ma part, bizarrement, j'ai l'impression que je suis arrivée directement à l'acceptation.
J'ignore pourquoi. Peut-être que mon cerveau a voulu me protéger en figeant mes pensées ou peut-être que mon cher fils aurait préféré un tel comportement de ma part.
Je suis restée digne comme il aurait voulu, presque stoïque même, à tel point que mon entourage me pensait dans le déni.

Puis, j'ai tenté de comprendre. J'ai posé des millions de questions qui n'ont jamais trouvé de réponse.
J'ai redouté les fêtes, les anniversaires et les réunions de famille. Pourtant, tout est passé. Les rires étaient présents, mais la joie, elle, était factice. Un vide intersidéral. Et pourtant…
On doit continuer à vivre. Pour lui, pour les enfants, pour les petits-enfants, pour la vie elle-même. Car quoi qu'on en dise, la vie est un cadeau qu'il faut préserver. Et je sais que de là où il est, il ne voudrait pas nous voir tristes.
Cette idée me donne la force.

Cet être si solaire, si rempli de joie de vivre, toujours en pleine forme et pourtant si conscient que la mort est une réalité, n'aurait jamais voulu nous voir souffrir.
Chaque fois que mes larmes coulent et qu'une crise m'envahit, je me ravise en me disant qu'il serait triste de me voir pleurer.
Je vois mon fils partout. Il m'accompagne à chaque instant, il m'insuffle la vie et je respire à travers lui.
Je lui parle à travers cette étoile plus brillante que les autres, et il me répond : par des signes, par sa présence palpable, par les bonnes ondes qu'il a su semer autour de lui.
Je revois ces endroits où j'ai encore du mal à retourner tant son absence y est pesante.
J'entends les musiques qu'il écoutait et ces nouveautés que nous partagions.
Je regarde ses vidéos qui font rire tout le monde.
Il est là, toujours là. Pas physiquement, soit, mais son aura demeure.

Alors pleurer, pourquoi ?
Je me dis que la vie est éphémère et que nous sommes tous voués au même sort, car la seule certitude dans la vie, c'est la mort.
Cependant, je n'imagine pas que Dieu ait créé un monde matériel d'une telle perfection pour s'arrêter là.
Dans l'immensité de l'univers, il n'est pas possible que la vie se limite à une moyenne de 80 années.
Cette pensée me rassure : la mort est peut-être la fin de cette vie, mais elle est sûrement le début d'une autre. J'espère juste de tout cœur que nous nous retrouverons.

Mon quotidien est fait de manque, mais je crois que l'esprit doit toujours rester en action.
Avoir des projets concrets aide à avancer et rend les choses moins difficiles.
Depuis plusieurs mois, je me consacre à la création d'un parfum en hommage à mon fils, et je recherche une collaboration avec une maison de luxe. Je suis convaincue que l'odorat est la meilleure façon d'éterniser une personne.
Si les images finissent par s'effacer, les odeurs, elles, remontent la surface même après de nombreuses années. Elles recréent immédiatement un souvenir, un instant précis.
"Bryan the Legend" : c'est le nom qui s'est imposé à moi naturellement. Parce qu'il était une vraie légende, et que les légendes ne vivent jamais bien longtemps.
Il y a des moments doux, et d'autres extrêmement difficiles.
Des jours où j'ai l'impression de ne plus avoir d'entrailles tellement la douleur est physique.
Nous avons appris à vivre avec un membre en moins, et le mot "membre" prend ici tout son sens.
Nous sommes mutilés, atrophiés, mais nous devons continuer. Et moi, je m'accroche à l'idée qu'il y a une vie après la vie.
Je crois qu'il est essentiel de réaliser des choses qui tournent autour de ce qu'il était, de perpétuer ce qu'il aimait.
Nous fêtons le jour de son anniversaire et nous commémorons le jour de son départ.
Mes projets s'articulent autour de lui — pas de façon triste, mais de manière joyeuse, car c'est le reflet parfait de sa personnalité.
Il m'inspire la joie de vivre, le rire, l'altruisme, la force, le travail, l'intelligence et derrière tout ce semblant d'inconscience, une conscience absolue que la vie n'est pas éternelle.

Voilà, j'ai livré ma vision des choses.
J'espère que ceux qui me liront et qui ont vécu un deuil sauront trouver un peu de réconfort à travers ces lignes.
Je ne peux que leur conseiller d'écrire pour libérer la parole, car c'est une thérapie extraordinaire.



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